LE CHIEN

 

 

   

 

   

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ORIGINES DU CHIEN

 

Si le loup tend aujourd'hui à être reconnu comme l'ancêtre de nos chiens actuels, il est encore des arguments allant à l'encontre de cette théorie pourtant fort solide.

 

Schémas comparatifs d'un crâne de loup (dessin de gauche) et d'un crâne de Dogue Allemand (dessin de droite).  La similitude évidente qui caractérise les os de la tête et les dentures de ces 2 carnivores plaide en faveur de la théorie selon laquelle le loup serait l'ancêtre de chien.  Les deux animaux présentent notamment des analogies au niveau des carnassières inférieures, ce qui les différencie du chacal (dessin de Roger-Guy Charman).


L'origine du chien a été longtemps controversée parce qu'il paraissait impossible qu'une espèce aussi sauvage que le loup puisse avoir généré un ensemble aussi polymorphe que celui des chiens.  Il existe en effet des différences considérables dans l'apparence extérieure, dans la stature et dans le comportement des représentants des différentes races :  il y a loin du Teckel au Briard, du Caniche au Dogue de Bordeaux, du Pékinois au Berger Allemand, ... (lire le chapitre "Mécanismes de la Domestication" .


Certains auteurs ont soutenu que le chien était une espèce distincte du loup et des autres Canidés, que l'homme l'aurait totalement dégagé de son état sauvage originel, le soumettant au point que désormais elle n'existerait plus dans la nature.  Ces auteurs invoquaient la présence d'innombrables chiens errants ou "parias", comparables aux dingos australiens.  Cependant, nul n'a jamais trouvé de fossiles qui puissent être rapportées à une "espèce" chien et qui soient antérieures à l'homme ou sans rapport avec la présence humaine...


Pour d'autres, certains chiens pourraient dériver du chacal doré (Canis aureus) qui, comme le loup mais à une échelle réduite, avait une vaste répartition.  À l'appui de cette théorie, on soulignait chez l'animal des moeurs et un mode de vie prédisposant à une certaine domestication ; mais à l'encontre de cette hypothèse, force était de reconnaître que le chacal doré est un chasseur solitaire qui tue des petites proies pour son usage personnel, même s'il s'associe parfois avec d'autres chacals pour la chasse.  En outre, les caractères du crâne et des dents permettent de bien distinguer le chacal d'un côté et le loup et le chien d'un autre.


Finalement, la seule hypothèse possible, reste celle de la dérivation du chien à partir du loup, lequel était certainement par ailleurs le Canidé le plus largement réparti dans les régions tempérées et froides de l'Ancien et du Nouveau Monde dès le Pléistocène moyen ou supérieur.

 

 

LES ANCÊTRES DU LOUP  

 

Le loup (Canis lupus) est un carnivore que l'on range avec le chacal et le renard, notamment, dans la famille des canidés.  Loup, chacal et renard ont, comme le chien, 42 dents au total soit, par demi-mâchoire, 3 incisives, 1 canine, 4 prémolaires, 2 molaires supérieures et 3 molaires inférieures.  Cette denture est restée très proche de celles des formes primitives, bien que la 3e molaire supérieure ait régressé jusqu'à disparaître au cours de l'évolution.  Comme chez tous les carnivores, la 4e prémolaire supérieure et la 1ere molaire inférieure ont une fonction spéciale dans la mastication qui leur a valu le nom de "carnassières" :  ces deux dents antagonistes, opposées l'une à l'autre, permettent de dilacérer les chairs, de couper les tendons et de broyer les éléments durs de la nourriture; très sensibles aux facteurs évolutifs, elles varient selon les régimes, et leur morphologie de détail constitue un reflet fidèle de la parenté des espèces.  Ainsi, la carnassière inférieure du loup, comme celle du chien, se différencie de celle du chacal par l'atténuation d'une des cuspides, ce qui augmente l'effet coupant de la dent quand elle s'oppose à la carnassière supérieure; en revanche, chacal, loup et chien ont des dents plus massives que les renards.  

Environ 450 000 ans avant J.-C., la Caune de l'Arago à Tautavel, dans les Corbières meridoniales, abritait les descendants de Canis lupus mosbachensis (dont on peut voir la mandibule), un loup proche de la forme actuelle (dessin de H. de Lumley).

 

Les ancêtre du loup vivaient dans le Nouveau Monde.  Jusqu'où et jusqu'à quand peut-on faire remonter la lignée ?


Certains paléontologues ont cru pouvoir attribuer comme ancêtre au genre Canis (auquel appartient le loup) un carnivore ayant approximativement la taille d'un coyote, présent en Amérique du Nord à la fin de l'Oligocène, il y a environ 23 millions d'années.  L'animal, baptisé MESOCYON, était pourvu d'une longue queue, ce qui lui donnait plutôt l'allure d'un léopard que celle d'un loup ; mais ses membres présentaient quelques caractéristiques annonçant un animal taillé pour la course.  Son crâne, plus remarquable par le développement de ses crêtes d'insertion musculaire que par la capacité de sa cavité cérébrale, était, en revanche, garni d'une denture où la 3e molaire supérieure, présente chez les formes anciennes, avait disparues par régression comme c'est le cas chez les canidés actuels, et où la carnassière inférieure offrait une particularité qui se retrouve aussi chez ces derniers.



De ce MESOCYON, éteint au Miocène inférieur, pourrait dériver, selon ces paléontologues, le CYNODESMUS, du Miocène moyen, auquel s'enchaînerait le TOMARCTUS, du Miocène moyen et supérieur et du Pliocène inférieur, qui serait un nouveau stade intermédiaire, conduisant au genre CANIS.  Or, ce genre était représenté en Amérique du Nord à la fin du Miocène supérieur, il y a un peu plus de 5 millions d'années, tandis qu'en Europe sa présence a été notée en Espagne, dans un gisement du Miocène supérieur également, mais légèrement plus ancien puisqu'il date d'il y a environ 7 millions d'années.  Deux hypothèses sont donc possible pour rendre compte de ce décalage chronologique : ou bien le genre CANIS existe en amérique du Nord dans des gisements plus anciens où il n'a pas encore été trouvé, ou bien ce n'est pas un CANIS mais sa forme ancestrale qui, franchissant le Détroit de Béring, alors découvert à la faveur d'une régression marine, a pénétré dans l'Ancien Monde, où le genre CANIS serait né et où il aurait regagné l'Amérique du Nord....


Malgré cette incertitude, on a pu croire que l'on avait retracé l'histoire d'une lignée le long de laquelle une évolution progressive et orientée des caractères (allongement des membres, régression des doigts, raccourcissement de la queue, spécialisation des dents carnassières, augmentation du volume cérébral) avait conduit, en quelques 23 millions d'années, à une forme primitive aux canidés actuels.


Malheureusement, des observations focalisées sur les détails de la morphologie des dents et de la structure du crâne, obligent à abandonner ce scénario qui était devenu classique :  c'est un autre carnivore, encore américain toutefois, LEPTOCYON, datant non pas de l'Olicène mais seulement du Miocène, qui est le tenant du titre d'ancêtre des canidés actuels.


TOMARCTUS et son ascendant supposé MESOCYON, dont la tête d'allure massive est caractérisée par un museau court, paraissent en fait être engagé dans une voie d'évolution différente de celle qui mène aux loups et aux chacals, dont la face est longue.


Quoi qu'il en soit, on peut affirmer avec certitude que le représentant le plus ancien du genre Canis, dans la faune d'Europe, est celui qui a été retrouvé en Espagne et qui date du Miocène.  Il est à la base d'une lignée qui s'est diversifiée au cours du Pliocène inférieur :  des spécimens ont été trouvés, en France notamment, dans des niveaux datant de 3.5 à 3 millions d'années.  Cette lignée semble être celle des chacals.


Ce n'est qu'au début du Pléistocène, il y a 2 millions d'années environ, que le loup fit son apparition en Europe.  Il est représenté notamment en Italie, dans les formations du Val d'Arno, par une espèce fossile, CANIS ESTRUCUS, plus petite que le loup d'Europe actuel. Notre espèce, CANIS LUPUS, paraît avoir relayé celle du Val d'Arno, vers la fin du Pléistocène inférieur :  toutefois, ce nouveau loup, que l'on trouve en Europe entre 900 000 et 600 000 ans avant J.-C., représente quelques différences mineures avec le loup actuel.  Ses différences justifient son attribution à une sous-espèce particulière, CANIS LUPUS MOSBACHENSIS, dont le nom dérive de celui du site paléonthologique de Mosbach.  Le "loup de Lunel-Viel" qui serait encore plus proche de la forme actuelle, aurait été présent dans la région de Montpellier dès la période interglacière Mindel-Riss, qui se situe entre 500 000 et 400 000 avant J.-C.

mâchoire

Canis lupus mosbachensis, dont les crânes font l'objet de recherche...(c'est le loup de Lunel-Viel).

mâchoire

Mâchoire de Canis estrucus découverte par Henry de Lumley dans la grotte du Vallonet.  C'est l'habitat humain le plus ancien (950 000 avant J.-C.) connu en Europe pour les restes de loup qui y ont été trouvés.


Pour conclure, il semble aujourd'hui impossible de déterminer si le loup est né dans l'Ancien ou dans le Nouveau Monde.

 

MÉCANISMES DE LA DOMESTICATION  

 

Dès qu'ils eurent l'idée de capturer de jeunes animaux appartenant aux espèces qui les concurrençaient, puis de les élever en captivité sans laisser retourner à la vie sauvage les portées qu'ils en obtenaient; nos lointains ancêtres pratiquèrent sans le savoir une "sélection" qui devait avoir des conséquences génétiques.


Une telle pression de sélection agissant de façon constante pendant des millénaires sur des populations numériquement faibles, a rendu possible la différenciation entre les espèces d'une même race (à partir de quelques individus de l'espèce souche ou originelle).  La domestication d'une espèce peut ainsi être considérée comme le résultat de l'isolement de quelques-uns de ses représentants.


Dans une population sauvage comptant un grand nombre d'individus, il s'établit un équilibre génétique, et la probabilité que deux individus pris au hasard soient identiques est forte.  Au contraire, c'est lorsque le nombre des individus susceptibles de se reproduire entre eux est limité que les descendants ont le plus de chances de présenter des caractères génétiques qui les distinguent les uns des autres.


Ce phénomène s'accompagne fatalement de la perte définitive d'une quantité plus ou moins grande de caractères héréditaires propres à l'espèce.  Le nouveau stock génétique subit alors, au cours des générations successives, une évolution d'autant plus divergente par rapport au stock initial que la "pression de sélection" est plus élevée.


Dans le cas du chien, la pression de sélection s'est exercée par l'intermédiaire de l'homme, qui a choisi les individus reproducteurs pour conserver chez leurs descendants certaines qualités.  Le même processus s'étant déroulé en plusieurs points du globe, au cours du temps, sur des petites populations de chiens, il n'est pas étonnant que plusieurs races aient vu le jour dès le début de la domestication.  Chacune eut ensuite, au cours de son histoire, de multiples occasions de perdre certains des caractères qui étaient propres à ses ancêtres domestiqués, ceux-ci subissant eux-mêmes la dérive génétique qui les avait primitivement distingués de la souche sauvage originelle.


Les hommes ont tenté de conserver tous les caractères apparus par mutation et jugés favorables.  Les chiens mal adaptés au milieu humain disparaissaient avant d'atteindre l'âge de reproduction.  C'est ainsi que se sont crées des chiens de montagne, forts, lourds et au pelage épais, des chiens de steppes aux formes élancées, des petites races de forêts, des chiens de chasse à oreilles longues et tombantes dont l'audition est limitée mais dont l'olfaction est particulièrement subtile, et des chiens de défense à l'agressivité et à l'instinct territorial particulièrement développés.

 

 

 

mardi, 09. mai 2006

© PASSION_ANIMAUX, Mtl, qc, 10 avril 2000

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